3 juillet 2022

Antoine, notre frère

Le 22 novembre 2019, un an après sa mort (27-11-2018), hommage était rendu à Paul Fournel, connu sous le nom de Frère Antoine –oblat1° de Cîteaux-. Ce jour-là, la ville de Charnay donna son nom au pont la reliant à Mâcon ; la paroisse St Etienne marqua d’un mémorial son emplacement de prédilection en l’église du Sacré Cœur de la Coupée.

“J’ai fait un contrat avec Dieu;”

Frère Antoine était surprenant. Son look tenait du pauvre hère, du serf moyenâgeux ou encore du moujik. Le premier contact était méfiant mais tellement accueillant. La conversation brève, mais aussi bavarde en un rythme lent et chantant à l’accent bien bourguignon. Né le 21 juillet 1941 au sein d’une famille chrétienne de quinze enfants, il témoigne d’une foi naturelle, innée. « Depuis mon enfance, je voulais me donner à Dieu. Avant d’aller au catéchisme, avant d’apprendre Dieu ». Il se sent habité par Dieu qui « le pousse » à l’église, à la messe, « passant des heures entières devant le Saint Sacrement ». Il parle volontiers de « miracle, de grâce exceptionnelle ». En 1963, il entrera à l’Abbaye de Cîteaux à deux pas de chez lui. Son originalité et son entièreté sont vite inconciliables avec la vie communautaire. La mise en œuvre du Concile Vatican II le contrarie au plus haut point. Son cœur sera désormais son ermitage et la nature son monastère. Jusqu’au bout, il en gardera l’habit revu et corrigé. Après bien des péripéties, il prendra racine dans ce mâconnais où il s’est vite trouvé à l’aise, malgré incompréhension et même parfois rejet.
Il restera l’homme de la paix aux mille battements d’ailes de sa colombe-cœur de sang. Il sera l’aumônier des usagers de l’autoroute A6 spécialement des routiers. De longues heures, il a béni cette procession moderne qui défilait sous ses pas et prié pour chacun : « Donne-leur l’espérance et la foi ! C’est ma seule prière… alors que je sois là ou devant le Saint Sacrement c’est pareil … C’est ma scène de théâtre, comme si j’en étais l’acteur. C’est exactement pareil. »Pour lui, aucun doute, il devait en être ainsi de sa mission : à travers l’isolement « Pour moi, la solitude, c’était Dieu… Les gens me faisaient peur » ; à travers l’ascèse « Pour moi, la joie sur terre ne comptait pas », sans jamais dévier de son idéal : « J’ai toujours été inspiré par le ciel, enfin l’infini ! Pas de vision, mais une révélation ! »

Il n’avait rien, mais ce rien il l’a offert à travers ces milliers de croix longuement besognées en son atelier et parties aux quatre coins du monde. Jusqu’à son corps qu’il a donné à la science, au moment de la remise de son âme à ce Dieu qu’il a passionnément cherché et servi toute sa vie.Merci Frère Antoine.

Yves Bachelet

1° Un oblat (homme ou femme) est un chrétien qui se rattache à une communauté monastique. Il ne prononce pas de voeu mais s’engage à suivre certains aspects de sa spiritualité.Frère Antoine parlait de son “contrat avec Dieu”.

2° On peut se procurer dans les paroisses de Mâcon le film DVD “Malgré la nuit” de Marc Weymuller où Frère Antoine livre le témoignage de sa vie.

 

En mémoire de Frère Antoine
Sous l’escalier, tel le publicain au fond du temple, c’était sa place.
Sur le pont de l’autoroute, bénissant et pacifiant, c’était sa place.
Au cœur, puis aux alentours de Cîteaux, ce fut sa place.
Dans l’obscur logis, rue des Petits Champs, où il s’usait les yeux
à faire et refaire d’humbles croix, ce fut longtemps sa place.
Dans le doute et la recherche douloureuse d’un signe de Dieu
ce fut inlassablement sa place.
Dans sa vie frugale, le cœur sur la main, ce fut sa place.
Son attention à l’autre sous le regard muet mais attentif c’était sa place.
Il disait : « Je m’accroche à la croix de Jésus-Christ ! »…
… de Celui qui avait dit : « Je pars vous préparer une place ».
Dans le cœur de Dieu, au bout de 77 ans, Frère Antoine a trouvé sa place.

Texte inscrit au mémorial de l’église du Sacré Cœur

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